mercredi 29 janvier 2014

Belém - Edyr Augusto (Asphalte) LA grande révélaton du roman noir !

Présentation de l'éditeur :

Johnny, célèbre coiffeur de la jet-set de Belém et habitué de la presse people, est retrouvé mort à son domicile, visiblement d’un arrêt cardiaque dû à une overdose. Mais le jeune inspecteur chargé de l’enquête, Gilberto Castro, trouve sur les lieux des vidéos et des photos compromettantes des ébats du défunt, impliquant des enfants… Tâchant d’en apprendre plus, Gilberto se mêle aux amis de Johnny, tous issus de la classe supérieure de Belém, et commence à soupçonner que la mort du coiffeur n’a rien d’accidentel. Malheureusement, sa rencontre avec l’une des proches du défunt, Selma, oiseau de nuit assoiffée de fêtes et d’excès, risque bien de le détourner de son but et de le faire replonger dans son ancien vice, l’alcoolisme… Belém nous fait découvrir le côté sombre de la "cité des manguiers", métropole brésilienne située à l’estuaire de l’Amazone.
Trafic de drogues, proxénétisme, pédophilie, corruption : avec un réalisme cru, Edyr Augusto peint le portrait terrible d’une classe supérieure sans scrupule qui se nourrit des plus faibles. Une critique sociale rageuse portée par une écriture directe et nerveuse.

L'auteur Né en 1954 à Belém, Edyr Augusto est journaliste, poète et dramaturge.
Belém, son premier roman, a été publié dans son pays en 1998. D'autres titres ont suivi, dont Moscow (2001), à paraître chez Asphalte en 2014. Très attaché à sa région, l'État de Pará au nord du Brésil, il y ancre tous ses récits.

>> Source : www.asphalte-editions.com


>> COUP DE COEUR !

Mon avis : Sombre, violent et addictif, un véritable diamant noir d'une intensité dévastatrice !

 L'écriture est habile, fluide et directe, toujours empreinte d'un réalisme implacable, cru, parfois dérangeant lorsque l'horreur est montrée sans fard, et pourtant dépourvu de surenchère - la cruauté sans borne de nombreux trafiquants sud-américains ne relèvent malheureusement pas de la légende.
L'intrigue, menée sur un rythme qui ne faiblit jamais, parvient pourtant à montrer à quel point la ville a une influence capitale et néfaste sur la vie et le parcours des personnages, réduits pour l'immense majorité à l'état de chair humaine à louer, à vendre ou à exploiter. le poids de la corruption pèse comme une chape de plomb indestructible sur une cité gangrénée par la pauvreté, où l'argent est la seule valeur reconnue alors que la vie d'un être humain ne vaut pas plus que l'éventuel bénéfice financier ou sexuel dont on peut en tirer.
Loin de jouer les guides touristiques, Edyr Augusto écrit avec rage et dénonce l'inhumanité de cette mégapole où il a toujours vécu, certainement parce que l'écriture représente le dernier et seul moyen qu'il a pour espérer ne serait-ce que "faire quelque chose", ne pas se résigner.
Le résultat est plus qu'un polar unique et fascinant. Belém brille comme un diamant noir encore un peu brut, dont certaines facettes possèderaient un éclat éblouissant, profond et unique, là où d'autres montreraient une noirceur plus sourde, plus rugueuse, plus abrupte et plus sale aussi, à l'image de certains personnages dont l'humanité a clairement marqué le pas et reculé face à la bestialité.
Et puis il y a cette noirceur toxique qui semble imprégner de plus en plus le déroulement et l'atmosphère de ce roman, les actes de ses personnages, dans un crescendo asphyxiant. Pourtant, Edyr Augusto n'en délaisse pas pour autant son intrigue.
Le premier chapitre, en cela, est trompeur, qui semble donner lieu à une enquête classique sur la mort par arrêt cardiaque dans son appartement d'un coiffeur de la jet-set, aimé de tous ses amis. Bien sûr, il y a les coupelles de cocaïne qui l'entourent et qui auront pu précipiter l'accident, mais si Gilberto Castro, membre de la police locale censé incarner le renouveau de celle-ci qui se retrouve chargé de l'affaire, en croit la domestique du coiffeur, celui-ci était « un homme bien ». Ce qu'elle persiste à affirmer même quand, peu après, Castro découvre un meuble chez la victime rempli de photos et de vidéos pédopornographiques, qui prouvent que le coiffeur aimait à se filmer lorsqu'il violait des enfants, y compris sa nièce, la fille d'une de ses amies de la jet-set.
Avec un tel chapitre, on pourrait croire le roman déjà balisé, or Gilberto Castro va être confronté à bien d'autres évènements, et s'enfoncer au fur et à mesure dans une trame aux multiples ramifications qui va vite prendre l'allure d'un cauchemar éveillé.

Avec ses portraits de personnages fascinants, son rythme trépidant, sa noirceur brutale mais réaliste, on dévore ce roman exceptionnel comme emporté par son ambiance vénéneuse.
C'est aussi tout ce qui fait la force, la puissance et l'intensité rares de ce chef d'oeuvre vénéneux et envoûtant.
Belém est l'une des grandes révélations du roman noir de cet hiver, et je languis déjà le 6 février prochain la parution de Moscow, le second roman d'Edyr Augusto.
Il est difficile de ressortir de Belém indemne. Ce n'est pas un roman noir qui cherche à être aimable - il ne l'est pas - mais il irradie une force et une intensité uniques et dévastatrices.
C'est incontestablement l'une de mes lectures les plus fortes et inoubliables de l'année.
J'en suis sorti en état de choc, avant de me retrouver en état de manque et de plus savoir quel livre ouvrir pendant deux semaines !
C'est ce qu'on appelle une pépite, et en l'occurrence un véritable bijou de littérature noire, qu marque les esprits... et qui fait mal.

PS : Je remercie infiniment les éditions Asphalte  et Babelio pour cette magnifique et inoubliable découverte.


Belém de Edyr Augusto (Os éguas, 1998), traduit du portugais (Brésil) par Diniz Galhos, éditions Asphalte, coll. Fictions, 2013.


http://asphalte-editions.com/?page=accueil

lundi 23 septembre 2013

Manuel de survie à l'usage des incapables - Thomas Gunzig (Au Diable Vauvert)

Présentation de l'éditeur

Avec ce troisième roman, placé sous l'exergue d’une citation d’Arnold Schwarzenegger, c’est le supermarché, dernier temple du monde moderne, qui a inspiré à Thomas Gunzig son humour ravageur et son sens de l’aventure.
C’est en tout cas le lieu où convergent et se croisent les destins des héros involontaires. Un jeune employé, un assistant au rayon primeur, un baleinier compatissant et quatre frères, Blanc, Brun, Gris et Noir, jeunes loups aux dents longues surentraînés et prêts à tout, vont ainsi se retrouver liés par la conjonction fortuite d’un attentat frauduleux et du licenciement abusif d’une caissière.

Source : www.audiable.com



Mon avis : Intelligent et follement original, un roman explosif et génétiquement modifié !


Amis lecteurs, tout d'abord, en cette rentrée littéraire, lorsque vous serez amenés, ici ou en librairie, à lire le titre de ce nouveau roman de Thomas Gunzig, bannissez immédiatement et implacablement tout sentiment négatif à son égard : scepticisme, snobisme, désintérêt ou impression de déjà lu.

Car derrière celui-ci se cache l'une des pépites de la rentrée, mais l'une de celles qui, paradoxalement, risque de n'être jamais mentionnées par la critique littéraire.

Phénomène d'ailleurs doublement étrange si vous vous êtes aperçus comme moi que ladite critique avait tendance cette année à vouloir vous vendre un petit groupe d'écrivains estampillés « contestataires », « rebelles » ou, plus généralement, censés avoir « pris à bras-le-corps la réalité de la contestation sociale » dans leurs livres.

Si je vous dis tout cela en préambule, c'est parce que s'il y a bien un auteur qui en cette rentrée propose une vision acérée et (extra-)lucide sur notre société, c'est bien Thomas Gunzig !
Mais rassurez-vous, il n'est pas pour autant question de sombrer dans un intellectualisme ronflant ni même d'être trop sérieux. L'auteur n'a pas l'intention de vous asséner une quelconque leçon; non, son but principal reste heureusement le plaisir de lecture pour ses lecteurs.

D'où un roman totalement inclassable, délicieusement intelligent et ô combien mouvementé !
Cocktail unique et explosif de roman noir, de récit d'anticipation, d'humour caustique, ce Manuel de survie à l'usage des incapables est une radiographie d'une lucidité terrifiante de notre société marchande, capitaliste et mondialisée. À travers le braquage d'un hypermarché devenu centre du monde et microcosme où travaillent, consomment et se croisent tout le « matériel humain » en âge de travailler de la ville, et une histoire de vengeance qui se transforme en course-poursuite, l'auteur met en scène des personnages que l'on croyait monstrueux parce que rendus à l'état d'animaux sauvages - des loups ! - et d'autres qui, bien qu'humains, finissent par se comporter en robots sans conscience à force de résignations, d'obéissance, de renoncements.

Tous vont pourtant devoir affronter un ou des éléments déstabilisateurs, qui vont les transformer. Certains, vont ainsi pour retrouver le goût de vivre, le désir voire l'amour, d'autres verront leur autorité dans le groupe au sein duquel ils vivaient s'effondrer, mais tous, étrangement ne regretteront rien...

Laissez-vous embarquer dans ce roman vivifiant et enthousiasmant de Thomas Gunzig, vous serez séduits dès le premier chapitre, décontenancés aussi, mais à l'image des personnages, il est plus que probable que vous non plus ne regrettiez pas, au final, cette odyssée chaotique et loufoque.

Un roman inclassable, intelligent et follement original qui fait du bien, en cette rentrée littéraire.
D'autant plus que sous sa fausse légèreté, ce Manuel indispensable sera probablement une belle source de réflexions...

Je remercie tout particulièrement Babélio et les éditions Au Diable Vauvert de m'avoir fait découvrir ce roman dans le cadre de l'opération Masse critique.



Manuel de survie à l'usage des incapables, de Thomas Gunzig, ed. Au Diable Vauvert, 2013.

dimanche 28 juillet 2013

Chronique : On the Brinks - Sam Millar (Seuil)

> Sélection 2013, année irlandaise

> Coup de coeur 

> Partie 1/2 : Présentation

> Partie 2/2 :Chronique

 Présentation de l'éditeur (rappel)

De fait, le spectaculaire récit autobiographique de Sam Millar a tout d’un thriller. À ceci près que si on lisait pareilles choses dans un roman, on les trouverait bien peu crédibles.
Catholique, Millar combat avec l’IRA et se retrouve à Long Kesh, la prison d’Irlande du Nord où les Anglais brutalisent leurs prisonniers. Indomptable, il survit sans trahir les siens: voilà pour la partie la plus noire, écrite avec fureur et un humour constant.
Réfugié aux états-Unis après sa libération, il conçoit ce qui deviendra le 5e casse le plus important de l’histoire américaine. La manière dont il dévalise le dépôt de la Brinks à Rochester, avec un copain irlandais, des flingues en plastique et une fourgonnette pourrie, est à ne pas croire. Même Dortmunder, dans un roman de Westlake, s’y prendrait mieux. Il n’empêche, le butin dépasse les 7 millions de dollars!
Un procès et une condamnation plus tard, il retrouve la liberté, mais entretemps, la plus grande partie de l’argent a disparu. Millar semble avoir été roulé par ses complices… Saura-t-on jamais la vérité?
En tout cas, le FBI cherche toujours!

Né à Belfast en 1958, Sam Millar a fait de la prison en Irlande du Nord comme activiste politique, et aux États-Unis comme droit commun. De retour à Belfast où il vit toujours, il est devenu écrivain. Après deux romans, Poussière tu seras et Redemption Factory, et le best-seller international On the Brinks, il a commencé la série policière Karl Kane, à paraître au Seuil.

Traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Raynal

source : www.seuil.com
 

Mon avis : le stupéfiant thriller autobiographique de l'Irlandais Sam Millar, une vraie bombe littéraire ! Où quand la réalité dépasse la fiction, et de loin...

À l'heure où la grande tendance actuelle dans les "prestigieux" milieux littéraires internationaux, et bien sûr américains avant tout, est à la creative non-fiction, à la littérature-reportage et que j'imagine que nombre d'ateliers d'écriture doivent plancher dur sur ce nouveau phénomène, Sam Millar les aura tous devancé, j'imagine sans même s'en rendre compte ou s'en soucier, lorsqu'il a entrepris d'écrire On the Brinks.
Pourtant, j'imagine à quel point la rédaction de ce livre a du être dure pour lui qui aura non seulement vécu l'impensable, l'incroyable, et à plusieurs reprises en plus, mais qui y aura aussi et surtout survécu pour pouvoir enfin retourner vivre avec sa famille dans son pays, l'Irlande du Nord. Et à ce moment-là, devenir rapidement un grand écrivain. On the Brinks en témoigne définitivement.

Après un prologue éblouissant et digne d'une scène hollywoodienne, son récit est découpé en deux grandes parties, elle-mêmes rythmées de chapitres courts qui, introduits ou illustrés chacun par une ou deux exergues d'un à-propos emblématique de la puissance et de la clarté de l'homme et de son écriture, témoignent tous de scènes mémorables.
La première partie est consacrée à sa vie à Belfast, dans une Irlande du Nord catholique soumise, assiégée et occupée par un empire britannique et protestant d'une cruauté implacable, bien décidé à pulvériser cet îlot de résistance, cette grande nation irlandaise qui reste chevillée au coeur de ses habitants du Nord. Le tout jeune Sam Millar, qui souffre de l'absence de son père mais aussi de la dérive psychologique de sa mère, pour qui la vie quotidienne et misérable de l'époque est devenue insupportable, en garde des visions orwelliennes lorsqu'il réalise à quel point lui et ses semblables, en plus de vivre dans une pauvreté extrême, sont considérés comme de minuscules fourmis à écraser par l'ennemi. Quelques années plus tard, tout content d'être amené par son frère dans sa  voiture à la manifestation pacifique pour les droits civiques, il voit alors de ses propres yeux le sang innocent couler à flot. Le sien ne fait qu'un tour et il s'engagera alors dans le militantisme nationaliste.

« Je n'avais pas la moindre idée de ce qu'était Derry, mais ça sonnait de façon magique.(...)Nous étions le 30 janvier 1972 et personne n'imaginait le terrible cauchemar qui nous attendait. C'est devenu le moment phare de ma vie, un baptême du feu dans le monde réel d'un nationaliste en Irlande du Nord. »
« Mon père pleurait presque quand nous sommes rentrés et qu'il nous annonça la terrible nouvelle : "Les Anglais ont assassiné 13 personnes innocentes. J'ai cru que vous étiez parmi eux." Mon frère ne disait rien. Son silence parlait pour lui : pas question qu'ils s'en sortent comme ça. Le monde ferait triompher la justice. Nous étions vraiment d'une naïveté risible à l'époque. »

D'ailleurs, en enchainant par la suite quelques petits boulots, dont un dans un abattoir alors qu'il aime tant les animaux et qu'il quittera au bout de quelques jours, Millar, avec son écriture rageuse, sèche et tranchante aigusera une description apocalyptique du quotidien dans un abattoir et en fera une métaphore parfaite du Système qui broie alors les catholiques d'Irlande du Nord.
Mais grâce à son récit parfaitement construit et à son art de manier l'ellipse, si l'on n'a pas les détails de son engagement à l'IRA, c'est suite à un procès inique et là encore perdu d'avance que Millar plonge alors directement, mais en croyant encore naïvement être libéré au bout de quelques mois seulement, dans l'enfer sur terre qu'il a vécu durant les huit années d'enfermement, de survie, de tortures physiques et psychologiques quotidiennes à la prison de haute sécurité de Long Kesh. Il fera partie des Blanket Men, ceux qui refusent d'endosser l'uniforme du prisonnier et sont donc obligés de (sur)vivre nus, couverts d'une seule couverture miteuse et puante.
Seule son incroyable force morale le sauvera de la mort à tant de reprises, lui et quelques uns de ses compagnons de lutte et de cellules qui ne lâcheront rien et continueront à ne pas se soumettre au Système.

Après cette première partie dramatique et poignante, justement parce que dépourvu du moindre pathos, et qui permettra en plus à n'importe quel lecteur d'apprendre ce qui a pu se passer il n'y pas si longtemps en Irlande et pourquoi - sans non plus tomber dans les descriptions historiques ou politiques difficiles à saisir et qui plombent parfois d'autres romans consacrés à cette période irlandaise - la seconde est, elle, beaucoup plus légère.
L'humour à froid dont Sam Millar ne se départit jamais et qui fait partie intégrante de sa plume fonctionne ici à merveille. L'Irlandais se révèle même être un dialoguiste particulièrement talentueux, parvenant à brosser les portraits irrésistibles de personnages secondaires qui font mouche et fonctionnent avec une rare efficacité.
Je ne suis pas prêt d'oublier le père de son patron quand il a été croupier dans un casino clandestin, par exemple !
En réalité, tout au long de cette seconde partie d'On the Brinks, le lecteur tourne les pages compulsivement, estomaqué par un récit plein de surprises, parfois traversé de passages poétiques ou d'un brin de nostalgie quand on constate à quel point Sam a toujours aimé les comic books. Et cette irrésistible fraîcheur, cette légèreté dont fait preuve à tout moment Millar après avoir vécu le pire à Long Kesh, les nombreuses trahisons et désillusions de l"époque, ce mélange unique entre un homme revenu de tout et qui, malgré tout, a su garder une petite part de naïveté et conserver encore aujourd'hui un peu de son âme d'enfant, tout cela illumine définitivement tout le reste d'On the Brinks. La preuve : il garde même des révélations jusqu'à l'avant-dernier paragraphe de son épilogue, quel sale gosse ce Sam Millar !

On the Brinks est LA pépite de l'année. Ou, plus exactement, ce livre est grand, tout simplement, parce que son auteur n'est pas qu'un sacrément bon écrivain. Sam Millar est un grand homme, un homme profondément bon. La lecture d'On the Brinks a confirmé de manière éblouissante ce que j'avais pressenti lorsque j'ai eu la chance de le rencontrer en mars dernier à Lyon, à l'occasion des Quais du Polar 2013.

À l'image des héros qui le fascinaient tant, gamin, dans les comics qu'il dévorait chaque fois qu'il pouvait s'en procurer un, Millar est pour l'Irlande du Nord, c'est-à-dire pour toute la grande nation irlandaise, l'un de ses héros, sans qui elle n'existerait vraisemblablement plus aujourd'hui.

Si vous n'avez qu'un livre à lire cette année, lisez sans hésiter On the Brinks. Vous ne serez pas déçus !


 Sam Millar, par son engagement et son combat exemplaire, fait partie de ces Âmes qui brûlent et dont chaque nation a tant besoin pour pouvoir survivre par les temps périlleux qui couvent.
(Photo : http://leblogdupolar.com/)



On the Brinks, de Sam Millar [On the Brinks, the extended edition, 2009], traduit de l'anglais (Irlande) par Patrick Raynal, Editions du Seuil, coll. Seuil Policiers, 2013.

samedi 27 juillet 2013

Trois cercueils blancs - Antonio Ungar (Noir sur Blanc/Notabilia)


Présentation de l'éditeur :

José Cantoná, être grotesque et dérisoire entretenu par son vieux père, n’a rien d’un héros. Mais l’assassinat de Pedro Akira, leader de l’opposition au régime dictatorial du président de la République du Miranda, le très minuscule Don Tomás Del Pito, va changer son destin. Sosie parfait du charismatique Akira, le voilà convaincu de se mettre dans la peau du héros, dont la mort n’a pas été rendue publique, afin de jeter à bas le régime pitiste. Que se passe-t-il quand il tombe amoureux de sa belle et silencieuse infirmière, Ada ? Qu’arrive-t-il à un imposteur qui peu à peu incarne le personnage qu’il joue ? Pourchassé par ses ennemis (les tueurs de Del Pito, les militaires, les narcotrafiquants, les escadrons de la mort) et trahi par ses amis, le faux Akira prend la fuite avec sa belle. Dès lors, le roman avec ses épisodes hilarants se transforme en un thriller effréné, où la mort guette à chaque instant.
Satire violente de certains régimes latino-américains, Trois cercueils blancs est porté par une voix sauvage et imprévisible.

source : www.leseditionsnoirsurblanc.fr

Mon avis :

J'ai reçu ce roman dans le cadre de la dernière opération Masse critique de Babélio parmi une sélection de plusieurs titres qui m'intéressaient. C'était en plus pour moi l'occasion de découvrir la nouvelle collection Notabilia dirigée par Brigitte Bouchard aux éditions Noir sur Blanc.
J'avais sélectionné celui-ci pour son côté "thriller sud-américain", et pour les situations et aventures burlesques que laissait sous-entendre le résumé, avec cette fameuse substitution de personnalité politique en pleine campagne électorale par un sosie qui me plaisait bien comme idée de départ. Or, j'avoue qu'au final, cette intrigue de base paraît bien réductrice tant ce roman du Colombien Antonio Ungar est atypique et parle essentiellement d'autre chose.

La première, évidente, est la satire violente et précise de ces régimes politiques d'Amérique du Sud, passés ou présents.
Le choix de transposer son histoire dans un pays imaginaire, ici la "République du Miranda", permet à l'auteur de décortiquer le fonctionnement de ces régimes tyranniques et gangrénés par la corruption mais qui, comme toujours dans ces cas-là, se disent démocratiques - comme l'étaient par exemple les sinistres Républiques "populaires" ou "démocratiques" communistes du XXè siècle à travers le monde - pour mieux en présenter un exemple-type, un schéma parfaitement réaliste et simple, à son lecteur.

Un président omnipotent qui a su placer sa famille et ses amis à la tête de toutes les grandes institutions du pays, médias officiels compris, une armée qui lutte soit-disant contre la guérilla stalinienne et les trafiquants de drogue alors qu'elle est le rouage essentiel pour déposséder les paysans de leurs terres au profit du président, une large coalition d'opposants politiques emmenés par un leader qui se veut la voie des pauvres - nombreux ! -  mais dont une bonne partie des cadres principaux sont très satisfaits des places acquises qui leur assurent déjà pouvoir et argent.                                                                                                           
Avec par exemple des descriptions de personnages irrésistibles, l'humour est bien présent dans cette violente mais parfaite parodie de ce pouvoir totalitaire, qui fonctionne aussi comme un miroir et nous interroge  également nous, Occidentaux, sur nos propres "démocraties". Car Antonio Ungar en profite aussi  pour écorcher la "grande" presse internationale - entendre européenne et américaine - à travers le reportage favorable d'une journaliste espagnole qui prend ses sources dans l'entourage du dictateur ou au contraire l'absence totale  d'articles consacrés au Miranda dans la sacro-sainte presse américaine. Ce qui vaut un portrait croustillant de ma presse américaine institutionnelle qui, comme dans nos pays, ne voit l'actualité internationale qu'à travers ces fameux "évènements marquants", et de l'intellectuel occidental (et donc cosmopolite) moyen : « (...) je me retrouve dans la peau d'un intellectuel de Brooklyn en pantoufles. Dans cet état d'esprit, et tout en imaginant la tasse correspondante de bon café, les cigarettes françaises et la musique ethnique, je lis dans le New York Times lui-même plusieurs articles joliment rédigés au sujet d'un coup d'état en Indonésie, d'une famine en Ethiopie, d'un raz-de marée en Inde, d'une épidémie en Chine et d'un manque scandaleux de chefs italiens dans les meilleurs restaurants de pâtes de Manhattattan.»         
Mais d'articles sur l'actualité du Miranda et la tentative de meurtre envers le candidat de l'opposition à l'élection présidentielle qui s'y déroule, le narrateur José Cantoná n'en trouvera pas...   

En réalité, c'est à ce narrateur que le lecteur devra avoir la patience de s'accoutumer pendant au moins les 50 premières pages, cette première partie laborieuse intitulée « Avant de commencer  ».
On a du mal à supporter l'inaction, l'absurdité et le ton employé par ce José Cantoná, homme ridicule et maniéré, enfermé dans sa propre bulle et qui, à la quarantaine, vit encore chez son père en passant son temps à jouer de la contrebasse, à contempler les étoiles fixées sur le plafond de sa chambre les nombreuses fois où il s'allonge sur son lit et à enchainer les cocktails à base de vodka. C'est pourquoi l'humour présent fait souvent sourire intérieurement tandis qu'on est à la limite de l'exaspération, attendant impatiemment que les choses "bougent".
Et même lorsqu'on dépasse ces 50 pages en guise d'introduction et que le récit commence enfin à se rythmer petit à petit, la lecture reste malgré tout empreinte d'étrangeté, voire d'onirisme, comme si on évoluait dans un univers encore ouaté.

Ce phénomène est en fait un parti-pris de l'auteur et de ses choix temporels et narratifs. On s'en rend compte dès la rencontre entre José Cantoná - lorsqu'il endosse ce qu'il va un peu trop prendre comme le rôle de sa vie, celui de sosie officiel de Pedro Akira, le fameux candidat présidentiel d'opposition « révolvérisé » quelques heures plus tôt mais que ses conseillers politiques vont faire croire à tous qu'il a en réalité survécu et se trouve à l'hôpital pour y subir les opérations et soins nécessaires à la reprise de la campagne électorale - et la jeune et jolie infirmière Ada.

Mais le début d'une grande histoire d'amour et la prise de conscience de la réalité funeste que traverse son pays et de l'enjeu réel qui pèse de tout son poids sur ses épaules agiront vite comme déclencheur pour Cantoná.
Dès lors, le rythme s'accèle, les aventures et surprises se multiplient et on ne décroche plus de cette histoire qui oscille sans cesse entre comédie et tragédie.
Avec en plus les meurtres et les trahisons, l'amour d'un côté et l'amitié de l'autre qui s'intensifient inexorablement, Trois cercueils blancs prend toute sa force romanesque et toute sa puissance dramatique, et aspire définitivement le lecteur pour mieux l'interpeler et lui tendre un miroir - troublant et dérangeant.

On peut ne pas accrocher du tout dès le début. Sinon, la patience sera récompensée avec ce roman exigeant car atypique et à apprivoiser.
Subtil, intelligent et entêtant, il sera alors difficile de ressortir totalement indemne de Trois cercueils blancs.


PS : La présentation et la maquette, signées Paprika,  de la collection Notabilia m'ont particulièrement plu, avec les feuilles de garde intérieures rouges qui relèvent le visuel en noir et blanc. Une vraie réussite, qui participe à faire de magnifiques "objets livres" comme je les aime tant ! En tout cas, une collection à surveiller.




Trois cercueils blancs, de Antonio Ungar [Tres Ataúdes Blancos, 2010], traduit de l'espagnol (Colombie) par Robert Amutio, éditions Noir sur Blanc, coll. Notabilia, 2013.                                                                                

vendredi 28 juin 2013

Pommes - Richard Milward (Asphalte/Points Seuil) : un régal !

Présentation de l'éditeur :

Adam aime Eve. Eve sait à peine qui est Adam. Adam tente de survivre aux raclées de son père en écoutant les Beatles. Eve s'oublie dans l'alcool, la drogue et le sexe sans plaisir.
Dans les quartiers ouvriers de Middlesbrough, au nord de l'Angleterre, l'expérience de la vie est souvent très violente. À quinze ans, Adam et Eve ne le savent que trop bien.
Ce ne sont pourtant que des enfants.

Né à Middlesbrough en 1984, Richard Milward a publié son premier roman, Pommes, à 22 ans. Depuis, il a étudié les Beaux-Arts à Londres.
Il peint, écrit et travaille à l'adaptation cinématographiques de Pommes.
Les éditions Asphalte viennent de publier (mars 2013) son second roman, Block Party (: un roman à dix étages).
> Entretien avec l'auteur sur le blog des éditions Asphalte
> Site de l'auteur : www.richardmilward.com 


Mon avis : Amour, amitié, drames, cancer, viol, apprentissage de la vie à la dure, sex, drugs & rock'n'roll...

Enorme coup de coeur pour ce premier roman du jeune Richard Milward, Pommes

Reçu avec le reste du "Manifeste des Enfants sauvages" publié par Points en début d'année - avec notamment la nouvelle traduction de Trainspotting de l'Ecossais Irvine Welsh -, je l'ai ouvert il y a quelques jours, par hasard, après avoir lu une chronique de Bloc Party : un roman à dix étages, le second, donc, publié chez Asphalte, de Richard Milward dont le nom m'avait alors dit quelque chose. 
Un coup d'oeil dans ma bibliothèque où j'avais placé les fameux bouquins, et j'en ressortais avec cette petite perle d'à peine 250 pages. 
Un grand roman pour un grand-huit émotionnel, bourré de vie, cru et très noir aussi. Pour le prix d'un paquet de cigarettes, vous allez vous aussi planer, traverser des bons délires, parfois des mauvais trips, mais c'est la vie qui est comme ça, avec ou sans drogue. Espoirs et désillusions, amours et déceptions, lassitudes et gros enthousiasmes, Pommes ne verse jamais ni dans le pathos ni dans l'insouciance stérile, sans pour autant être moralisateur.

Un régal, glacé et glaçant, et pourtant pétillant, plein de couleurs et de vie. Même si la mort plane et s'incarne dans quelques scènes particulièrement dramatiques - et tristes.
Car c'est aussi un condensé de toute la violence des rapports humains, amplifiés par l'alcool ou la drogue qui fait de ce texte plein de couleurs un chef d'oeuvre. Heureusement, l'auteur, comme il le révèle dans l'interview disponible sur le blog d'Asphalte, a voulu que son roman soit "atemporel" - le meilleur moyen, sur un tel sujet, d'en faire un livre intemporel, au vu du résultat foudroyant -, et si parfois ces jeunes envoient des messages ou sentent qu'on les appelle, Dieu merci ils n'ont pas internet, comme c'était le cas dans les années 1990.
Il n'est donc pas question de réseaux sociaux qui, par leur virtualité, n'auraient alors qu'apporté morts et suicides dans de tels cas. Comme c'est déjà trop souvent le cas aujourd'hui.

L'alternance du récit entre Eve avec Adam - chez lui dans sa chambre, puceau tabassé par son père qui n'a d'yeux que pour elle, la belle, toujours souriante et qui attire tous les beaux gosses et autres mecs plus vieux parmi lesquels elle pioche instinctivement au gré de ses sorties et de ses rencontres, alors que lui n'a encore rien expérimenté, si ce n'est la musique qui le fait vibrer et oublier ses TOC -, et le langage oral du texte hypnotise le lecteur dès la première page. 

La magie - noire et blanche - opère immédiatement.
Petit à petit, l'oiseau va sortir de son nid, et oubliera même les coups et autres virées à l'hôpital que peuvent engendrer la jalousie lorsqu'il parviendra ne serait-ce qu'à échanger deux phrases avec Eve. Mais le temps qu'elle le remarque, sa vie à elle continue, tandis que lui, transi d'amour, peut gamberger pendant des jours suite à un bisous sur la joue si c'est Eve qui le lui donne. 

Histoire d'amour aussi magnifique qu'elliptique qui n'est d'ailleurs pas sans me rappeler celle que l'enquêteur finit par ressentir à force de côtoyer Cassie Maddox dans le sublime premier roman de Tana French (Ecorces de sang). Mais là encore, et comme dans la vie, le lecteur devra accepter de ne pas toujours tout savoir des personnages, et de comment tout cela peut finir. 
Chez Milward, au bout des 245 pages, on voudrait le supplier pour qu'il écrive une suite. `Laissons plutôt les personnages de Pommes, que l'on aura connu durant une année environ et qui ont déjà tous grandis trop vite, tenter de vivre leur propre vie, enfin.
Qu'est ce que c'est bon, putain, de croquer ce roman ! 

À noter que, comme souvent pour les livres édités par Asphalte, une "Playlist" mixée par l'auteur est proposée : Beatles, Jefferson Airplanes, Laurent Garnier, Rolling Stones, et quelques autres feront une parfaite bande-son pour votre lecture !


Pommes, de Richard Milward [Apples, 2007], traduit de l'anglais par Audrey Coussy, Asphalte éditions 2010, Points Seuil 2013, 250 pages, 6,70euros.


Le « Manifeste des Enfants sauvages » chez POINTS/Seuil


Les collections et sélections de livres de poche des éditions Points Seuil sont toujours un plaisir pour les lecteurs. Plusieurs thématiques, de nombreuses initiatives soigneusement préparées et, mine de rien, une bonne partie du meilleur du livre paru au préalable en grand format.
En février dernier, Points publiait une sélection de 7 titres donnant « la parole aux jeunes », avec un concours sous forme de quizz auquel j'ai participé. Autant dire que j'ai été particulièrement (et agréablement) surpris lorsqu'il y a plusieurs semaines maintenant, j'ai eu le privilège de recevoir l'intégralité de cette sélection ! La voici, telle qu'elle est présentée sur le site du Cercle Points :


Méfiez-vous des enfants sages - Cécile Coulon
Un premier roman écrit à 18 ans qui étonne par sa force et sa maturité. 

Elle s’appelle Lua et elle déteste le chocolat noir. Enfant, elle passait tout son temps avec Eddy, le vieux rocker marginal d’en face. Dans cette petite ville tranquille du sud des États-Unis, il était son seul ami. Et puis la vie a tout gâché. Lua a grandi, elle ne croit plus en Dieu. Ses parents n’ont rien compris, rien vu. Mais cela les intéresse-t-il vraiment ? Lua ne sera plus une enfant sage. 
« Une histoire douce-amère dont l’écriture tempérée exprime avec grâce la violence des enfants sages. »
Le Figaro Magazine






Trainspotting - Irvine Welsh
Un livre culte sur la jeunesse perdue d’Edimbourg, enfin réédité en poche dans une nouvelle traduction.

Dans la sombre Édimbourg des années 1990, Renton le malin, Sick Boy l’ambitieux, Franco le sociopathe, Spud l’égaré et Tommy l’innocent partagent tout : les petites combines, l’assurance-chômage et la drogue, sous toutes ses formes. Entre deux pintes, après un fix ou une baston, ils racontent la violence d’un quotidien misérable dominé par la rage. Une rage qui les anime tous. La rage de vivre.
« Irvine Welsh torture la langue pour coller à la détresse d’une jeunesse au bord du néant. »
Le Monde









Pommes - Richard Milward
Un livre rock et trash sur la jeunesse anglaise. 

Adam aime Eve. Eve sait à peine qui est Adam. Adam tente de survivre aux raclées de son père en écoutant les Beatles. Eve s’oublie dans l’alcool, la drogue et le sexe sans plaisir. Dans les quartiers ouvriers de Middlesbrough, au nord de l’Angleterre, l’expérience de la vie est souvent très violente. A quinze ans, Adam et Eve ne le savent que trop bien. Ce ne sont pourtant encore que des enfants. 
« Quand L’Attrape-coeurs rencontre les Arctic Monkeys. »
The Times










 


Les Sopranos - Alan Warner
Prix Saltire du meilleur livre écossais. 

Le concours de chorale de leur école écossaise de bonnes sœurs ? Les Sopranos n’en ont rien à faire. Manda, Chell, Kylah, Finn et Orla veulent rendre cette virée en ville inoubliable. À 17 ans, tout ce qu’elles ont en tête, c’est l’alcool, les fringues, les mecs, perdre le concours pour rentrer à temps et enflammer le dancefloor. Et l’amitié. Parce que c’est tout ce qu’elles ont au monde, l’amitié.
Les aventures déjantées de quatre adolescentes passablement délurées.









Les Etoiles dans le ciel radieux - Alan Warner
Sélectionné pour le Man Booker Prize 2010.

Voilà des semaines qu’elles attendaient ça ! Les Sopranos se retrouvent pour partir en vacances. Manda, Chell, Kylah, Finn et Kay ont quitté le lycée. Toutes ont suivi des chemins différents. Malgré les failles naissantes dans leur amitié, elles n’ont pas perdu le sens de la fête. Entre gueule de bois et perte de passeport, l’aventure commence dès l’aéroport… qu’elles ne sont pas prêtes de quitter !

« Une sitcom pop et brillante qui enchaîne les péripéties et les répliques fracassantes à la vitesse à laquelle les fi lles éclusent leurs pintes. On rit à chaque page. »

Les Inrockuptibles




Cheese Monkeys - Chip Kidd
Un roman satirique et tendre sur la jeunesse des années 1950.
Un auteur plébiscité par Bret Easton Ellis, James Ellroy et Jay McInerney.

À la fin des années 1950, un adolescent désabusé intègre une école d’art et choisit par accident un cours d’introduction au dessin. Le professeur, Winter Sorbeck, séducteur et fascinant, teste ses élèves avec une exigence sadique. En proie aux affres et émois de la jeunesse, l’étudiant, alter ego de papier de Chip Kidd, découvre grâce à son pygmalion un monde artistique jamais envisagé : le graphisme.

« Jamais un auteur n’a décrit avec autant d’humour et de tendresse l’adolescence des jeunes Américains. »
Bret Easton Ellis







Precious - Sapphire
Une adolescente d’Harlem prend la parole dans une langue pleine de rage et de poésie.

Precious, seize ans, claque la porte. Elle ne se laissera plus cogner par sa mère, ni violer et engrosser encore une fois par son père. Jamais. Virée de l'école, elle envisage une nouvelle vie, loin de Harlem et du ghetto afro-américain de son enfance. Elle veut apprendre à lire et à écrire, raconter son histoire à travers des poèmes et élever dignement son fils.

« Le réalisme sans concession de ce roman rap du désespoir force le respect. »
Lire

 retrouvez-la sélection sur le site : www.lecerclepoints.com

13e NOTE Editions : Des histoires cousues de fil noir

         Auteurs extrêmes sous haute tension

Oui, je sais, je débarque. Cette petite maison d'édition, déjà grande de par son énergie, son professionnalisme, ses maquettes et son identité visuelle, est l'un de mes grands coup de coeur de cette année. 
Tout à commencer à l'occasion d'une une visite sur un site de vente en ligne, où le titre d'un article m'avait (forcément) accroché et intéressé : « 13e Note, littérature enragée ! ». Enragé que je suis (mais tout gentil, je rassurez-vous!), je ne pouvais que jeter un oeil à ce qu'avait rédigé ce vendeur de la Fnac (damned ! J'ai failli rester discret...). Et dans la liste des premières publications qu'il avait dressées, un certain Rob Roberge avait attiré mon attention.
Doublement même, puisque 6 ans plus tôt, j'avais acheté son premier roman noir, Panne sèche, paru alors en Série Noire. Branle-bas de combat parmi mes étagères puis mes cartons, jusqu'au verdict implacable de stupidité : je l'avais revendu quelques années plus tôt, quand j'avais eu besoin d'argent et alors que j'avais encore le cerveau suffisamment embrumé pour ne pas me rendre compte de l'énorme erreur que je commettais. Toujours est-il que s'il n'avait vraisemblablement pas eu le succès escompté pour la SN, c'est toujours un excellent signe lorsqu'une maison d'édition redonne sa chance à un auteur déjà passé à la trappe de la rentabilité dans notre beau paysage éditorial. [ Un peu comme Stock et sa nouvelle collection La Cosmopolite Noire qui a eu l'extrême bon goût littéraire de republier l'Irlandais Adrian McKinty au printemps, alors que ses quatre précédents romans, dont une trilogie culte, n'avaient là encore pas récolté le succès escompté par la même SN. (Petit clin d'oeil à son traducteur d'alors, Patrice Carrer, désormais directeur d'ouvrages chez 13e Note !) ]

Ce Rob Roberge venait donc d'être (miraculeusement) retraduit en France par cette toujours très juste 13e Note, avec La tête à l'envers, les pieds au mur en juin 2012.

Et puis, il y a eu tous ces noms d'auteurs qui me disaient quelque chose, mais dont bizarrement, le prénom ne correspondait pas. Fante, ça d'accord, mais pourquoi Dan, alors que ma mémoire reptilienne avait enregistré comme prénom correspondant John (merci à 10-18 et à leur exemplaire offert de Demande à la poussière, dudit John...Fante)? Bref, je pense que vous voyez où je veux en venir.... Et puis plein d'autres !
Fin mars dernier, je me rends en catastrophe, ou plutôt contre toute attente, aux Quais du Polar à Lyon. Et je suis interloqué dès le début par l'Américain Kent Anderson, d'autant plus que je ne le connais ni d'Eve ni d'Adam. Mais trône fièrement à côté de lui une pile mettant en valeur un remarquable petit objet, un livre, Pas de saison pour l'enfer. Accroché, il me semble, à la table derrière laquelle l'auteur est assis, un bandeau indique : « Par l'auteur de Sympathy for the devil ».
Saluons entre parenthèses la toujours excellente collection Folio Policier qui a eu la bonne idée de rééditer ce classique dont le titre ne me disait alors que très vaguement quelque chose...
L'auteur, s'adressant à moi, m'a fait comprendre, grâce à une charmante jeune femme qui se tenait au même stand, que son nouveau livre « ne parle pas que de guerre, mais aussi d'agneaux et de chevaux ». Décontenancé et intéressé, j'étais. Avec cette sensation qu'il s'agissait d'un grand auteur à lire. Dommage cela dit que je ne lui ai pas acheté sur le coup son livre, qu'il se serait fait un plaisir de me dédicacer. Ce n'était qu'à mon arrivée dans la grande salle des dédicaces, je voulais faire d'abord un tour, etc... mais je compte bien me rettraper au plus vite, notamment en faisant un coup double avec ces deux récits.
Pour abréger là, et parce qu'il reste un mois pour en profiter, sachez que les éditions 13e Note, pour l'achat de deux titres parmi leur catalogue, vous offrent le livre d'Alfredo Morano, Le journal de Sharon. Débrouillez-vous pour trouver une librairie proche de chez vous qui participe à l'opération !

Dans leur catalogue, des auteurs comme Barry Gifford (Sailor et Lula, paru au début des années 1990 chez Rivages et adapté au cinéma), Tony 0'Neill, Jerry Stahl, Patrick O'Neil, Charles Bukowsky, Dan Fante, Mark SaFranko et tant d'autres que vous retrouverez sur leur site : www.13enote.com.

Et n'oubliez pas qu'ils ont également lancé depuis 1 an leur propre collection poche, « Pulse », composée de titres déjà parus en grand format chez eux, et d'inédits !

Je les remercie pour leur gentillesse et l'envoi de leur (très beau, lui aussi) catalogue !

mardi 25 juin 2013

On the Brinks - Sam Millar (Seuil) : La bombe irlandaise de l'année signée d'un M comme Millar !

> 2013, année irlandaise... #1 

> Coup de cœur

Présentation de l'éditeur (j'approuve à 100%) :
«Sa vie, telle qu'elle est décrite dans On the Brinks, est une histoire conçue pour Hollywood à plus d'un égard.» Gary Craig, Democrat and Chronicle.

De fait, le spectaculaire récit autobiographique de Sam Millar a tout d'un thriller. À ceci près que si on lisait pareilles choses dans un roman, on les trouverait bien peu crédibles.
Catholique, Millar combat avec l'IRA et se retrouve à Long Kesh, la prison d'Irlande du Nord où les Anglais brutalisent leurs prisonniers. Indomptable, il survit sans trahir les siens : voilà pour la partie la plus noire, écrite avec fureur et un humour constant.
Réfugié aux États-Unis après sa libération, il conçoit ce qui deviendra le 5e casse le plus important de l'histoire américaine. La manière dont il dévalise le dépôt de la Brinks à Rochester, avec un copain irlandais, des flingues en plastique et une fourgonnette pourrie, est à ne pas croire. Même Dortmunder, dans un roman de Westlake, s'y prendrait mieux. Il n'empêche, le butin dépasse les 7 millions de dollars ! Un procès et une condamnation plus tard, il retrouve la liberté, mais entretemps, la plus grande partie de l'argent a disparu. Millar semble avoir été roulé par ses complices... Saura-t-on jamais la vérité ? En tout cas, le FBI cherche toujours !

Né à Belfast en 1958, Sam Millar a fait de la prison en Irlande du Nord comme activiste politique, et aux États-Unis comme droit commun. De retour à Belfast où il vit toujours, il est devenu écrivain. Après deux romans, Poussière tu seras et Rédemption Factory, et le best-seller international On the Brinks, il a commencé la série policière Karl Kane, à paraître au Seuil.
Quand un éditeur et un traducteur a des couilles comme Patrick Raynal et de la suite dans les idées, le lecteur a de la chance. Quand on aime les polars irlandais comme moi (merci Adrian McKinty, ancien de la Série Noire, miraculeusement réapparu chez Stock avec Une terre si froide, premier opus d'une trilogie dont la suite est prévue pour octobre - je vous en reparle bientôt), et que l'on a pu goûter à leurs charmes irrésistibles, notamment à cette écriture tellurique qui raconte en filigrane l'histoire de la nation irlandaise, ses passions, ses haines, ses gangs et son libéralisme qui ravage tout, on en redemande. Forcément. Tana French m'avait fait un effet fou avec son premier roman noir, Ecorces de sang (paru initialement sous le titre La mort dans les bois). Sam Millar, j'en avais entendu parler, en bien certes, mais c'est tout. Donc, inutile de préciser que quand j'ai appris la parution au Seuil d'On the Brinks ainsi que ce qu'avait été la vie de Sam Millar, mon sang n'a fait qu'un tour. Un polar ? Une autobiographie ? Les mémoires d'un nationaliste irlandais ? La seconde vie aux USA ? Jusqu'à son retour en Irlande du Nord où il est devenu écrivain ?... Tout cela me fascinait, me passionnait d'avance. Le moins qu'on puisse dire est que je n'ai pas été déçu. Non, au contraire même. Il faut lire On the Brinks pour le croire. D'ailleurs, on s'étonne même que Sam Millar soit encore en vie, et qu'il ait pu - enfin - retrouver son Irlande natale, et avec femme et enfants en plus !
À vrai dire, on comprend très vite, avant même de lire l'un de ses livres, qui peut être Sam Millar lorsqu'on a la chance, comme moi, de l'avoir rencontré aux Quais du Polar cette année, par exemple.
Encore une fois, quand la foule patientait des heures pour des dédicaces d'Harlan Coben, je me suis très vite retrouvé devant les table des plus grands - écrivains ou traducteur-éditeur. Ils étaient alignés, pas toujours ensemble au même moment, mais Sam Millar était entre John Burdett, l'immense auteur de Bangkok 8 ou du Pic du Vautour qui vient de paraître, et Patrick Raynal, traducteur et premier éditeur de Sam Millar. Raynal a depuis fait en sorte que les livres du grand Irlandais atterrissent  entre de bonnes mains, celles d'une autre traductrice et éditrice de talent, Mari-Caroline Aubert, laquelle a repris depuis environ 2 ans la direction de la collection Seuil Policiers.
Sam Millar est un grand, dans tous les sens du terme. Je l'ai compris quand, il m'a soigneusement dédicacé ses mémoires en forme de thriller et la version poche de Poussière tu seras, son premier roman à avoir été publié en France, maintenant disponible en Points Seuil.
« To Norbert. Merci ! Sam. », j'ai pu lire, bien après qu'il se soit levé de sa chaise pour me remercier droit dans les yeux et me serrer franchement la main. Court, sobre, efficace.
Comme son écriture, qui elle est d'une maîtrise stupéfiante.
Maintenant que j'ai lu On the Brinks, je sais aussi que c'est un survivant (incroyable !), et un héros irlandais. Et je le remercie à mon tour, pour tout.
Je reviendrai vous parler du livre très vite, il faut encore que je me remette les idées au clair. Foncez sur On the Brinks, surtout si vous aimez le polar : c'en est un, et un des meilleurs. À tel point que déjà, vous en savez suffisamment pour ne pas être déçu en l'achetant et en le lisant. On the Brinks fait figure d'une bombe à fragmentation, mais littéraire celle-ci, que Sam Millar vient de lâcher au printemps, en France ! Vous allez vous régaler...

[À suivre]

> le site de l'auteur : www.millarcrime.com


On  the Brinks, Sam Millar [On the Brinks, the extended edition, 2009], traduit de l'irlandais par Patrick Raynal, Editions du Seuil, coll. Seuil Policiers, 2013.

jeudi 20 juin 2013

L'Invisible - Robert Pobi (Sonatine)... est sorti en poche chez POINTS

Présentation de l'éditeur :
Jake Cole, profiler hors-catégorie au FBI, revient dans la maison où il a grandi. Son père, artiste de génie à moitié fou, est mourant. Quand le shérif du coin lui demande de l'aider à résoudre un double meurtre, tout son passé ressurgit. Jake est convaincu que son père connaît l'identité de ce dépeceur fou. Et si la clé résidait dans ces milliers de tableaux peints par son père, qui semblent constituer un étrange puzzle ?

Voilà typiquement le genre de thrillers que j'évite précautionneusement d'acheter d'habitude. Parce que les présentations à la Sonatine qui ne peuvent s'empêcher à chaque nouveau roman de citer des grands classiques comme Thomas Harris et son Silence des Agneaux, en rajoutant en plus la référence à l'un de leurs premier polars qui a cartonné, je ne les supporte plus, notamment depuis que j'ai lu deux de leurs premiers romans publiés lors de leur lancement qui en réalité étaient corrects, mais sans plus.
Quant au "fameux" Les Visages de Jesse Kellerman, fils de Faye et Jonathan Kellerman, eux-même auteurs de polars publiés au Seuil, j'avoue ne pas avoir lu, même une fois reçu en poche, d'autant plus que son intrigue semble bien directement pompé sur l'excellent polar de l'Américain Greg Iles, La Femme au portrait ! Iles est un auteur malheureusement abandonné par les Presses de la Cité depuis le départ du regretté Renaud Bombard, et la sortie en 2010 de son (très bon, lui aussi) Poison conjugal, qui du coup est le seul à être encore disponible au catalogue des Presses de la Cité, alors que tous ses précédents romans - y compris ses meilleurs comme Passion mortelle ou La mémoire du sang - sont depuis déjà un bon moment introuvables, cet éditeur ayant l'insupportable défaut de ne même pas entretenir son catalogue lorsque des romans comme ceux de Iles, même s'ils ne se vendent que correctement et se révèlent n'être avant tout que des "long-sellers". L'auteur estt encore malheureusement encore quasi-inconnu du public français alors qu'il rencontre un large succès aux USA, même s'il a réussi dès le premier coup à fidéliser un  petit cercle de lecteurs dont je fais partie. Sinon, ses romans, publiés il n'y a pourtant pas si longtemps que ça, ne seraient pas tous en rupture de stock, par exemple, en comparaison de tant d'autres ! Seuls La femme au portrait est peut-être encore disponible en Livre de poche, avec Une petite ville sans histoire paru heureusement à l'automne dernier chez Points et que, même si ce n'est pas son meilleur, j'avais pourtant beaucoup aimé aussi. Il faut dire que, comme John Katzenbach, il sait se renouveler à chaque nouveau polar, ce qui n'est pas si courant...

Mais pour revenir au Canadien Robert Pobi, j'avoue que si je viens de recevoir ce roman après avoir eu finalement envie de le lire, c'est grâce au blog de Plume de cajou et au concours qu'elle a organisé en partenariat avec les éditions Point ! Et à un petit coup de chance inespéré pour ma part !...
Donc, en attendant de vous en dire plus moi-même dès que j'aurai le temps de le lire, je ne peux que vous conseiller vivement de vous reporter à la brillante chronique qu'elle a faite de L'Invisible. Le moins que l'on puisse dire, c'est que Plume de cajou a un enthousiasme communicatif, lorsqu'elle a un coup de coeur !
Merci encore à elle et à Point.

# blog de www.plumedecajou.com
# site de l'éditeur : www.lecerclepoints.com



L'Invisible, Robert Pobi (Bloodman, 2011), traduction de l'anglais (Canada) de Fabrice Pointeau, Sonatine 2012; Points, coll. Thrilller, 2013.

lundi 17 juin 2013

Luther : l'Alerte - Neil Cross (Belfond Noir) : Gagnez 5 exemplaires jusqu'au 23 juin !

Présentation de l'éditeur :

« Sur la corde raide qui s'étend entre le Bien et le Mal se tient John Luther, inspecteur à la crim' londonienne. Redoutablement intelligent, intuitif et obsessionnel, le Samaritain est aussi dangereux. Pour lui, pour ceux qui l'entourent et pour les sadiques qu'il traque. Mais après seize ans de service, cette nouvelle enquête pourrait bien devenir son pire cauchemar.
Prequel de la série éponyme créée par Neil Cross, un roman d'une noirceur inédite, à vous glacer le sang...
Dérangeant, angoissant et sans pitié, un trip dans l'infinie noirceur de l'âme humaine. Dans un Londres crépusculaire, découvrez le héros tourmenté de Luther, la série phénomène créée par Neil Cross.


Tous ses collègues s'accordent à le dire : John Luther est un excellent flic. Un homme impressionnant, par son physique, ses principes ; un détective intuitif, admiré pour ses résultats.
Mais la réalité est plus sombre. Insomnie, dépression, accès de violence, à force de côtoyer le mal, Luther est en train de perdre pied.
Une situation qui inquiète. À commencer par son épouse, impuissante à apaiser cet homme lancé dans une guerre personnelle contre le crime. Et l'enquête qui s'annonce ne va rien arranger : face à un tueur d'enfants qui joue avec ses nerfs, combien de temps encore Luther parviendra-t-il à contrôler ses démons et à rester du bon côté de la loi ? »
 (source : www.belfond.fr )
site de l'auteur : www.neil-cross.com

5 exemplaires du livres sont à gagner à l'ccasion de la Fête des Pères, grâce aux éditions Belfond, mais aussi grâce à Stephi !

Pour tenter votre chance, rendez-vous sur son blog Mille et Une Pages !


D'ailleurs, puisque Luther : l'Alerte est le troisième roman de Neil Cross publié en France, je vous parlerai bientôt de son tout premier roman, paru chez le même éditeur : L'homme qui voulait enterrer son passé, disponible en poche chez 10-18; ainsi que de Captif, son second roman.

vendredi 7 juin 2013

Mort-en-direct.com de John Katzenbach (Presses de la Cité) : Plus qu'un chef d'oeuvre de suspense psychologique, un roman noir visionnaire et précurseur !


Présentation de l'éditeur (facultative) :
« Pour retrouver la victime d'un snuff movie, un professeur de psychologie doit faire équipe avec un pédophile.

Adrian, professeur de psychologie, apprend qu'il est atteint d'une maladie dégénérative du cerveau. Ce mal incurable provoque des hallucinations, au cours desquelles il converse avec les membres de sa famille décédés : sa femme, son fils et son frère mort au Vietnam.
Un soir, il voit une jeune fille se faire embarquer de force dans une camionnette. Il est le seul à croire à un enlèvement.
Il découvre bientôt que la victime est séquestrée dans une cave et filmée vingt-quatre heure sur vingt-quatre par un couple réalisant des snuff movies.
Mais, sans l'aide de la police, Adrian doit, pour la sauver, faire appel à un spécialiste des réseaux souterrains et illégaux : un pervers sexuel en liberté surveillée.
Adrian la retrouvera-t-il avant de sombrer dans la folie ? »
 « Ce polar habilement mené évite la facilité et en suggère plus qu'il ne montre. » La Croix

« Mort-en-direct.com joue avec nos nerfs en superposant plusieurs suspenses. » Le Républicain Lorrain

« Une fois encore, l'auteur de L'Analyste, Grand prix de littérature policière en 2004, frappe fort. » Métro


source : www.pressesdelacite.com
Lire les premières pages ici

L'auteur : Né en 1950, John Katzenbach a longtemps tenu la chronique judiciaire de divers quotidiens et magazines, couvrant en particulier le procès de Ted Bundy, l'un des plus grands meurtriers en série de l'histoire américaine.
Cette expérience lui a inspiré de nombreux romans à succès comme L'Affaire du lieutenant Scott et Une histoire de fous.
Plusieurs de ses livres, dont Un été pourri et Juste cause, ont été adaptés au cinéma.
L'Analyste, son chef d'oeuvre, Grand Prix de littérature policière 2004, vient d'être réédité par les Presses de la Cité, en même temps que Mort-en-direct.com.

Site de l'auteur : www.johnkatzenbach.com

Gros coup de coeur du Pro du polar :
Le maître du suspense psychologique a encore frappé avec cet opus!!! Avec un sujet particulièrement difficile, l’auteur sait nous manipuler avec des thèmes forts et dérangeants pour la psyché humaine et une certaine dextérité pour ne pas sombrer dans la folie… La prose et l’écriture du roman servent grandement à la subtilité du style de l’auteur… EN CONCLUSION: Suspense Magistral pour un auteur de grand talent. 
Ce que j'en ai pensé :
Il serait peut-être temps de poster mon avis aussi sur ce blog, me disais-je jusqu'alors. Le problème avec ce genre de monument qu'on a tant aimé, c'est à la fois d'essayer de partager son propre coup de coeur, sans pour autant en déflorer l'intrigue. Depuis au moins un mois, je pensais à poster avant toute autre chose cet extrait particulièrement significatif, puisqu'il résume bien une partie des questions que le lecteur est amené à se poser dès le 5e chapitre, et montre déjà suffisamment d'éléments en ce qui concerne la victime pour que ceux qui s'attendraient à un déluge de sang voire de sexe, qui seraient ici plus que malvenus, ne soit pas tentés d'aller plus loin. John Katzenbach analyse ici un nouveau profil criminel absolument unique, ce qui d'ailleurs suffirait à faire de Mort-en-direct.com le roman noir précurseur du XXIè siècle, l'un de ses polars que l'on pourra ressortir dans quelques années, ou plutôt même quelques décennies, sans aucun problème.
Sauf qu'il est fait pour être lu aujourd'hui. Pour tenter aussi, en plus du délicieux frisson d'effroi qui nous fait dresser les cheveux sur la tête, de nous alerter sur les dérives d'une société et d'une génération nourrie exclusivement à la télé-réalité, aux flux d'images continus diffusés via internet ou les chaînes d'info spécialisées, ainsi que sur cet étrange et inquiétant phénomène qui fait que certains semblent ne pouvoir vivre que par procuration, via ces images et, par conséquent, l'objectif d'un appareil photo ou d'une caméra vidéo. Où chacun croit son heure de gloire venue parce qu'il aura su ou pu filmer quelque chose de "bankable", même si pour cela les situations ou les êtres humains qui se trouvent de l'autre côté de la caméra, ne deviennent qu'à leurs yeux des poupées désincarnées...
Petit "replay", donc, sur une chronique publiée sur le site Polars Pourpres, il y a déjà... près d'un mois et demi, alors que pourtant, même à l'époque, je désespérais d'avance de pouvoir faire un commentaire à peu près valable sur cet immense roman noir de John Katzenbach, ce virtuose du suspense psychologique :

Parfois, il y a des situations ou des sujets tellement extrêmes, tellement paradoxaux, mais aussi profonds que fascinants pour chacun d'entre eux , que les mots ne peuvent pas tout. Tant pour l'auteur que pour le lecteur, seule l'imagination peut alors permettre de les envisager, tous, d'une manière aussi brillante et sérieuse, certes, mais aussi de manière tout aussi vraisemblable et crédible que possible.

Parce que John Katzenbach est parvenu a un tel niveau au bout d'une trentaine d'années de carrière, alors il aura pu réussir cet improbable challenge, cette invraisemblable réussite.
Il faut, déjà, oublier à quel point L'Analyste ou Une Histoire de fous étaient, eux aussi, il y a déjà près du décennie, brillants et uniques.

Seuls ceux qui sauront prendre le temps de lire son nouveau roman avant tout pour ce qu'il est, et restera toujours, autrement dit un monument du roman noir - c'est-à-dire une littérature populaire, à destination du plus grand public et non de je-ne-sais quels experts -, seuls ceux-là auront donc la disponibilité nécessaire pour simplement apprécier un bon livre, et alors savourer ce nouveau Katzenbach à sa juste valeur.
Celle, non pas du thriller du moment - puisqu'il le sera toujours dans 10 ans - mais, très certainement aussi, de par l'ampleur et l'exactitude des sujets abordés, celle d''un - déjà - grand classique, d'un véritable chef d'oeuvre.

Et je pèse mes mots. Je n'ai jamais rien lu de tel.

Mais justement aussi parce qu'il est d'une brûlante actualité, je n'espère pas non plus avoir l'occasion de relire à l'avenir trop de polars qui aborderont ce type de sujets.
Encore moins mêlés les uns aux autres.
Peu d'auteurs me semblent capables de réussir ce que John Katzenbach sera, malgré tout, parvenu à atteindre avec Mort-en-direct.com.

Le monde est malade, la société plus déviante que jamais, et il m'étonnerait que je puisse découvrir tant de sujets aussi intéressants les uns que les autres, aussi magistralement traités que dans ce grand moment de littérature.
Evidemment qu'il faut le lire.
Ne serait-ce que pour comprendre à quel point nous en sommes arrivés.

Inoubliable, unique, sans la moindre scène de torture, de meurtre ou de sexe qui soit explicite, John Katzenbach s'est déjà inscrit parmi les grands mais rares écrivains de ce - décidément - si noir XXIème siècle.

Un immense roman dont il est absolument impossible de ressortir psychologiquement indemne. On en ressort différent, autre.

Voilà ce dont un écrivain comme Katzenbach est capable d'offrir à son lecteur, comme mise à jour d'une vision du monde actuelle - mais tel qu'il est vraiment.
Une vision, forcément, d'une noirceur d'autant plus infinie qu'elle est également parfaitement pertinente et crédible. Et donc, à tout point de vue, plus que jamais vraisemblable.

Ce roman est aussi et avant tout, il faut le dire, bien plus qu'un simple roman : c'est un véritable choc.

Mais il aurait de toute façon fallu qu'un jour, un écrivain s'y attèle enfin.
John Katzenbach l'aura fait, et c'est en cela, justement, qu'il est déjà et qu'il restera, quoiqu'il arrive, un immense écrivain et un auteur culte.


Pour terminer, mieux vaut à mon avis ne pas tenter de lire Mort-en-direct.com d'une traite, comme n'importe quel autre polar.
Ce serait à mon avis une erreur, parce que ce serait prendre le risque de saturer au bout de la centième page.
Il faut comprendre que l'alchimie complexe de ce roman demande, simplement, un minimum d'attention et de disponibilité du lecteur.
Ne le lisez pas non plus en même temps qu'un autre, car là aussi, du coup, ça pourrait tout gâcher, de la même manière.

Et pourtant, ce n'est même pas que ce thriller soit complexe, trop savant ou trop touffu : au contraire, même.

Mais qui voudrait boire une bouteille de whisky cul-sec ?
Et à quoi bon ? Pour en gerber ?

Ouvrez plutôt simplement ce livre, commencez-le, puis, au bout d'un moment, contentez-vous de le refermer, et de passer à autre chose. Jusqu'au lendemain, par exemple.

Si je donne ces indications qui peuvent paraître stupides, c'est juste pour vous éviter de passer à côté. Personnellement, faites comme vous le sentez, je m'en fiche, chacun jugera
.
C'est juste, aussi, qu'à moins avis, pour être à son tour saisi par ce suspense d'une intensité rare, il faut aussi savoir laisser la magie opérer. Tout simplement.

Et là, selon votre propre expérience, votre propre vécu, votre âge, vous aussi, vous pourrez alors être définitivement marqués par ce roman, noir et unique en son genre, de Katzenbach.

Alors, le suspense agira tout simplement comme le venin mortel et foudroyant d'un serpent rare. Avec une implacable efficacité.
C'est tout simplement diabolique. Et dangereux. Mais ô combien indispensable !

 Mort-en-direct.com, de John Katzenbach (What comes next, 2012), Presses de la Cité, coll. Sang d'encre 2012, traduction de l'américain par Jean-Charles Provost, 540 pages, 22,50 euros.

« Mort-en-direct.com » de John Katzenbach (Presses de la Cité) : Extrait/Chronique d'un chef d'oeuvre noir et visionnaire !

Avant de vous parler plus longuement de ce nouveau chef d'oeuvre de John Katzenbach, ce virtuose quasiment inégalé en suspense psychologique - et déjà auteur il y a dix ans du mémorable L'Analyste (Grand Prix de Littérature Policière 2004), deux ans plus tard du stupéfiant roman noir psychologique et même psychiatrique Une histoire de fous, et en 2007 du plus classique mais toujours captivant Faux coupable, tous publiés en France dans la collection Sang d'encre des Presses de la Cité -, je voulais vous en donner un petit aperçu, un extrait. Histoire surtout et avant tout de tordre le coup aux réactions d'effroi voire de recul face à un titre et un résumé en 4e de couverture qui semblent accumuler les pires clichés racoleurs, là où, un peu mieux présenté par l'éditeur (ou avec plus de tact ?), à mon avis beaucoup plus de lecteurs se seraient certainement laissés séduire par ce roman noir et visionnaire qui nous épargne pourtant toutes les scènes gore ou sexuelles
qui viennent à l'esprit à la vue d'un tel livre chez son libraire. Heureusement que je connaissais moi-même Katzenbach, et que j'en suis d'ailleurs un grand fan, et donc que je savais qu'avec lui,  seules la subtilité du propos n'égale l'intensité du suspense et la maîtrise de la construction. Et pourtant, ô surprise, Mort-en-direct.com a dépassé toutes mes attentes !...

Extrait :

« Au début, peu de participants à la soirée prêtaient attention aux images muettes qui défilaient sur l'immense écran plat, fixé sur le mur du penthouse dominant le parc Gorki. Il s'agissait de la rediffusion d'un match de football opposant le Dynamo Kiev au Lokomotiv Moscou. Un homme pourvu d'une moustache à la Fu Manchu leva la main pour demander à l'assistance de faire silence. Quelqu'un coupa le son de la demi-douzaine d'enceintes dissimulées dans les murs, qui déversaient une techno assourdissante. L'homme portait un costume noir hors de prix, une chemise de soie violette déboutonnée et des bijoux en or, y compris l'inévitable Rolex au poignet. Dans ce monde moderne où les gangsters et les hommes d'affaires ont la même allure, il aurait pu appartenir à n'importe laquelle de ces deux catégories. À ses côtés, une femme mince de vingt ans au moins sa cadette - coiffure et jambes de mannequin, robe du soir ample à paillettes qui ne cachait pas grand-chose de sa silhouette androgyne - déclara en russe, en français et en allemand :
_ Nous avons appris qu'une nouvelle saison de notre série en ligne préférée commence ce soir. Cela devrait intéresser fortement nombre d'entre vous.
Elle se tut. Le groupe se serra autour de l'écran, les uns vautrés dans des canapés confortables, les autres perchés sur des chaises. Une grande flèche « Lecture » apparut sur l'écran. L'hôte déplaça un curseur et cliqua sur la souris. Dela musique retentit. L'Hymne à la joie, de Beethoven, joué au synthétiseur. Apparut ensuite une image d'un très jeune Malcom McDowell, dans le rôle d'Alex, dans Orange mécanique, de Stanley Kubrick. Il tenait un couteau. Son image dominait l'écran. Il avait les yeux maquillés et portait la combinaison de saut blanche, les bottes ferrées et le melon noir qui l'avaient rendu célèbre au début des années soixante-dix. Cette image suscita une vague d'applaudissements : les participants les plus âgés se rappelaient le livre, le film, et la performance de McDowell.
L'image du jeune Alex disparut, laissant un écran noir qui semblait vibrer d'impatience. Quelques secondes plus tard, une phrase en grandes lettres italiques rouges s'afficha, coupant le cadre en deux comme une lame de couteau : MORT EN DIRECT, puis un fondu enchaîné amenant une nouvelle information : SAISON 4.
L'image laissa la place à un autre plan, au grain bizarre, montrant une pièce presque carrée - une chambre grise, dénuée de tout. Pas de fenêtres. Aucun indice de l'endroit où elle se trouvait. Un lieu absolument anonyme. Tout d'abord, les spectateurs ne virent qu'un vieux lit métallique. Une jeune femme en sous-vêtements y était allongée, la tête dissimulée sous une cagoule noire. Ses mains menottées étaient attachées à des anneaux fixés au mur derrière elle, comme dans un cachot. Elle avait les chevilles liées entre elles et attachées au cadre du lit.
La jeune fille était totalement immobile, mais elle respirait lourdement, ce qui indiquait aux spectateurs qu'elle était vivante. Elle aurait pu être inconsciente, droguée ou endormie, mais, après environ trente secondes, elle s'agita, et une de ses chaînes fit entendre un bruit métallique.
Un des invités soupira. Quelqu'un demanda en français :
_ Est-ce réel ?
Personne ne lui répondit, sauf par le silence ou en tendant le cou pour espérer mieux voir.
_ C'est une performance, dit quelqu'un d'autre, en anglais. Ce doit être une actrice engagée spécialement pour l'émission...
La femme à la robe à paillettes jeta un coup d'oeil vers l'homme. Elle secoua la tête. Elle parlait un anglais impeccable, teinté d'un léger accent slave.
_ C'est ce que beaucoup croyaient, au début des saisons précédentes. Mais au fur et à mesure que les jours passent, on réalise qu'aucun comédien n'accepterait de jouer de tels rôles.
Elle regarda de nouveau l'écran. La femme à la cagoule frissonna, puis elle tourna brusquement la tête, comme si quelqu'un venait d'entrer dans la pièce, juste hors de la limite du cadre. Les spectateurs la virent tirer sur ses chaînes.
Presque aussi vite qu'elle était apparue, l'image se figea, comme le cliché d'un oiseau en plein vol. Il y eut un nouveau fondu au noir, et une question s'inscrivit sur l'écran, en lettres rouge sang : VOUS VOULEZ EN VOIR PLUS ?
Cette question était suivie d'un formulaire d'abonnement et d'une demande de numéro de carte de crédit. On pouvait acheter quelques minutes, une heure, ou plusieurs blocs d'une heure. On pouvait aussi acheter une journée, ou plus. On trouvait également une offre en grands caractères : SAISON 4, ACCES TOTAL AVEC FORUM INTERACTIF. Au bas de l'écran, un grand chronomètre électronique, également rouge vif, était réglé à 00:00. À côté : JOUR UN. Le chrono s'enclencha soudain et commença à marquer les secondes. Il évoquait l'horloge numérique qui indique le minutage des matchs de tennis à Wimbledon ou à l'US Open. Un peu plus loin étaient inscrits ces mots : DUREE PROBABLE DE LA SAISON 4 : ENTRE UNE SEMAINE ET UN MOIS.
_ Allez, Dimitri ! s'écria soudain quelqu'un en russe. Achète tout le bazar... du début à la fin ! Tu es assez riche !
Cette remarque provoqua des rires nerveux et des applaudissements. L'homme à la moustache se tourna d'abord vers l'assemblée, bras largement écartés, comme pour demander ce qu'il devait faire, puis il sourit, fit une petite révérence et composa le numéro d'une carte de crédit. L'écran lui demanda son mot de passe. Il fit un signe de tête à la femme à la robe à paillettes et lui montra le clavier. Avec un sourire, elle tapa quelques lettres. On pouvait imaginer qu'elle avait choisi le petit nom qu'elle lui réservait dans l'intimité. Souriant, le maître des lieux fit un geste, ordonnant à un serveur en veste blanche de remplir les verres. Ses invités richissimes s'installèrent dans un silence empreint de fascination, en attendant la confirmation électronique de la transaction.
D'autres, un peu partout dans le monde, attendaient également. »

Cet extrait, tout en lettres italiques, constitue le début du chapitre 5, page 42, de Mort-en-direct.com. D'autres paragraphes de ce type jalonnent le récit, et montre la surprenante diversité des clients et voyeurs potentiels de ce type de programme à travers le monde, mais aussi à travers les classes sociales. Car beaucoup plus qu'un "simple" monument de suspense psychologique, John Katzenbach nous a livré là, dès l'année dernière, un incroyable roman noir aussi glaçant que visionnaire, et même précurseur, de par le portrait unique qu'il brosse d'un jeune couple de tueurs en série qui n'ont même pas vraiment conscience de l'être, tant ils sont focalisés sur leur "création artistique". Voilà ce qui arrive, ou peut arriver, quand deux êtres dotés de talents mais aussi d'une part de ténèbres qui les habite depuis toujours se rencontrent. Heureusement, Katzenbach dresse un roman tout en nuances, et aborde bien d'autres thèmes brûlants d'actualité : l'absurdité des guerres impérialistes des Etats-Unis, que ce soit le Vietnam ou l'Irak, les maladies dégénératives du cerveau et leurs symptômes dévastateurs sur les malades, leur mémoire qui se dégrade avant de s'éteindre totalement, les dérives d'une société où non seulement chacun veut son quart d'heure de gloire, mais ne voit plus - pour ne pas dire : ne vit plus - qu'à travers un écran vidéo, le flux continu des images déversées autant par les chaînes d'info dédiée, internet et tous ses réseaux pseudo-sociaux, sans oublier les dérives de la télé-réalité. Et bien d'autres choses encore...
Son roman s'articule comme un grand film de cinéma. Contrairement à beaucoup de fabricants de best-sellers, il ne cherche pas forcément l'ultime rebondissement toutes les cinq pages. Il préfère user de son écriture précise et fluide pour enrôler son lecteur au fur et à mesure que les paragraphes puis les chapitres se succèdent, chacun fonctionnant plutôt exactement comme un mécanisme d'horlogerie magistralement conçu, et dont chaque cran actionné resserre un peu plus l'étau du suspense. Sans même s'en rendre compte, le lecteur, pour peu qu'il prenne le temps de lire ce beau bébé de 500 pages confortablement, sans forcément le faire d'une traite pour pouvoir mieux en savourer toutes les subtilités, se retrouve très vite pris à la gorge.
La nouvelle et formidable machinerie de peur et d'effroi de John Katzenbach dépasse de très loin nombre de polars à succès, adaptés ou pas à l'écran, suédois ou pas. C'est d'ailleurs bien dommage qu'en France il ne soit pas plus connu. J'ai toujours eu un faible pour les auteurs de noir qui ne cédaient pas forcément à la "facilité" de créer une série. Comme pour  Greg Iles par exemple, il préfère n'écrire qu'un roman que tous deux ou trois ans, et changer totalement de personnages et d'univers.
Comme pour ses précédents chefs d'oeuvre - si L'Analyste a eu la chance d'être réédité par les Presses de la Cité parce qu'il se vend toujours aussi bien dix ans après sa parution, ce n'est malheureusement pas le cas pour l'édition grand format d'Une histoire de fous : il faut se contenter de la version poche à la couverture hideuse de Pocket... Et sans même parler de tous ses autres romans écrits auparavant, et dont la même maison d'éditions qui en détient les droits ne semble pas juger bon de les rééditer, ceci expliquant certainement cela... (contrairement à ce qu'heureusement la plupart des autres font encore grâce à des réimpressions qui permettent de continuer à faire vivre un catalogue riche) -, Mort-en-direct.com vous agrippe dès le début tel un python qui vous enroulerait peu à peu de ses anneaux terrifiants pour mieux les resserrer à chaque fois un peu plus fort, jusqu'à l'ultime attaque, l'implacable crispation qui vous terrasse et vous broie tout entier. À ne surtout pas manquer !

Mort-en-direct.com, de John Katzenbach (What comes next, 2012), Presses de la Cité, coll. Sang d'encre 2012, traduction de l'américain par Jean-Charles Provost, 540 pages, 22,50 euros.